Parlons de “The Prom”


En avril 2019, j’ai eu la chance d’assister à une représentation de “The Prom” à Broadway, peu de temps après le spectacle fermait. En 2020, l’adaptation cinématographique de Ryan Murphy est annoncée, la communauté théâtrale l’attend avec impatience, mais à sa sortie en décembre dernier, les avis sont mitigés.

“The Prom” raconte l’histoire d’Emma, lycéenne dans l’Indiana, qui est interdite de venir au bal de promo accompagnée de sa petite amie Alyssa. Quatre superstars de Broadway, dans un souhait de redorer leur image, décident d’aller publiquement militer pour Emma et sauver son bal de promo.


On le sait, une adaptation cinématographique d’une comédie musicale est un challenge, voire même un risque, la magie propre à la scène est difficile à retrouver à l’écran. Cependant, Ryan Murphy a réussi à recréer l’ambiance feel-good propre à “The Prom”, mais a aussi réussi à l’équilibrer avec l’émotion (nous reviendrons sur le point de l’émotion plus tard). Voilà quelques noms du casting : Meryl Streep, Kerry Washington, Nicole Kidman, James Corden, Andrew Ranells, etc. Bref, de quoi faire rêver.

Et effectivement, Murphy nous livre du spectacle, de la vraie comédie musicale comme on la connait dans l’imaginaire collectif. On a des numéros d’ensemble grandiose (je pense à “Love Thy Neighbor” ou “It’s Time To Dance”), et une Dee Dee Allen - un personnage de diva typique de comédie musicale - interprétée par Meryl Streep qui ne déçoit pas. Elle surprend par son brio et sa justesse chez Dee Dee, et elle sait émouvoir en trouvant l’équilibre humour-sensibilité propre à son personnage.

Ariana DeBose est la définition même de “Triple Threat” : elle maitrise le chant, la danse, et le théâtre à la perfection. La “rising star” de Broadway, est brillante, juste, et touchante dans son interprétation d’Alyssa Greene, la petite amie secrète d’Emma qui subit la pression excessive de sa mère, interprétée par Kerry Washington. Celle-ci est (sans surprise) excellente dans son rôle de mère célibataire stricte, on regrette presque de ne pas davantage la voir à l’écran.

Un numéro marque particulièrement les esprits : “Love Thy Neighbor”, où Andrew Rannells convainc un groupe de jeunes en un numéro d’ensemble dansé et chanté grandiose qu’il faut accepter les orientations sexuelles de chacun. Niveau cliché de comédie musicale, on tape assez fort. Ce numéro en particulier reflète parfaitement l’univers de “The Prom” : un univers presque fantaisiste, déjanté, mais artistiquement excellent.



Scène “Love Thy Neighbor”


Malheureusement, je garde des réserves sur certains aspects de l’adaptation de Ryan Murphy.

Un premier point important qui m’a déçue dans le film est le traitement du rôle d’Emma. Dans la version Broadway, Emma - interprétée par Caitlyn Kinnunen - était au centre de la puissance émotionnelle du spectacle. Il existait une réelle profondeur à son personnage, mais surtout on pouvait en déceler les failles - ce qui détermine l’intérêt qu’on porte à un personnage et nous émeut -, ce qui était moins évident dans la version de Ryan Murphy. Dans une interview, Jo Ellen Pellman (interprète d’Emma de “The Prom”, 2020) explique que la direction artistique empruntée est celle d’une Emma forte, indépendante, et qui ne se laisse pas abattre : on a l’impression d’un personnage simple. J’ai trouvé ce choix dommage. Ce n’est pas Jo Ellen Pellman sur qui j’ai des réserves (elle est d’ailleurs brillante dans son rôle et très prometteuse), mais les choix artistiques concernant son personnage.

Nicole Kidman, aussi brillante qu’elle soit, n’étais malheureusement pas adaptée pour le rôle d’Angie, une danseuse Fosse frustrée. Physiquement, Kidman correspond parfaitement au rôle : grande, blonde, gracieuse, longues et fines jambes, mais le duo “Zazz” entre Angie et Emma la trahit. Ce numéro est chanté-dansé, et comporte des mouvements typiques de Bob Fosse, qui a un style de danse très précis qui prend des années à être maitrisé. Nicole Kidman est excellente en jeu mais on a un réel décalage avec ce qu’on connait des danseuses Fosse, ce qui peut perturber un public avec des connaissances dans le domaine de la comédie musicale.

Enfin, ce point est sûrement très personnel, mais j’ai eu l’impression de déconnecter de l’histoire dès qu’un numéro musical commençait. Il y a eu un lourd travail de mixage des voix, qu’on ne ressent pas dans l’album de Broadway, et il m’a manqué la sincérité des voix crues propres à la comédie musicale. Les morceaux étaient remixés d’une manière davantage moderne que ce qu’on a l’habitude d’entendre quand il s’agit de comédie musicale.


En résumé, “The Prom” (Ryan Murphy) est un film à voir, autant pour les adeptes de la comédie musicale que ceux qui ont moins de connaissances dans ce domaine. Les retours un peu plus négatifs que j’ai partagés sur ce film sont propres à ma connaissance personnelle de l’oeuvre originale “The Prom”, il y a énormément de positif. Un vrai film feel-good, une partition excellente, et une bonne dose d’humour, de quoi s’occuper ces soirs de couvre-feu.


Noa Ganansia

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